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jeudi 13 juillet 2017

NOTE DE LECTURE N° 36 : LE MYTHE DU BONHEUR CHEZ SCHOPENHAUER

Le petit livre de Schopenhauer "L'art d'être heureux à travers 50 règles de vie" publié au Seuil en 2011, contient 50 directives glanées dans différentes oeuvres du philosophe après sa mort (pour les conditions d'édition, cf. la préface de Franco Volpi).
Le terme "directive" est cependant partiellement inapproprié car il s'agit plutôt de réflexions sur l'art de gouverner sa vie, plutôt que de "règles" (ou maximes) au sens strict du terme. 









L'ouvrage baigne dans un pessimisme exarcébé que l'on comprendra peut-être en lisant les éléments biographiques qui suivent (source ici) :


Arthur Schopenhauer est né le 22 février 1788 dans une famille sur laquelle plane « l’ombre de la folie ». Deux de ses oncles paternels sont internés pour troubles psychiques. Sa grand-mère paternelle est devenue folle suite à la mort de son mari. Son père Floris Schopenhauer, un commerçant à Dantzig, finira par se suicider après « une vie entrecoupée de phases dépressives, d’angoisse et d’obsession suicidaire ». L’image de son père, mort dans la solitude et abandonné par sa mère, constituera le point de départ du rapport conflictuel qu’il entretiendra à sa mère et l’origine de sa misogynie.
Adèle, sa sœur cadette, rongée par la solitude, est obsédée par l’idée de se suicider. Dans plusieurs correspondances avec son frère elle n’hésite pas à faire état de son mal de vivre. « J’ai bien la force de supporter ma solitude mais je serais profondément reconnaissante au choléra s’il voulait bien, sans trop de douleur, mettre fin à toute l’histoire ».

Sa mère Johanna Henriette Schopenhauer est une jeune mondaine qui partage sa vie entre la lecture, l’écriture et les réceptions. Après le suicide de son mari, elle s’est vite remise de son deuil et collectionne les aventures amoureuses. A Weimer, son salon était devenu l’un des plus fréquenté d’Allemagne où se croisent les artistes, écrivains et poètes influents de l’époque. 


Règle de vie n°1

Nous sommes naturellement portés, en entrant dans la vie, à y rechercher un maximum de félicités. Mais en fait le maître de notre vie est ce que Schopenhauer appelle "le destin" qui nous met face à la souffrance. Il ne faut attacher au mot "destin" aucune connotation mystique ou religieuse. Le destin, pour Schopenhauer, est l'ensemble des aléas quasiment inévitables que le hasard place sur notre chemin. C'est en quelque sorte la part que la nature prélève sur nos espoirs, le salaire de la vie. Et si par hasard nous bénéficions d'une vie paisible et sans souffrance, "nous nous garderons bien de la détruire par une quête sans fin de joies imaginaires et en nous souciant avec angoisse d'un avenir toujours incertain".

Règle de vie n°2

Éviter la jalousie. Schopenhaueur cite une phrase de Sénèque : " Tu ne seras jamais heureux tant que tu seras torturé par un plus heureux". Il faut évidemment comprendre : "Tu ne seras jamais heureux tant que tu seras torturé par [l'idée qu'il existe d'autres hommes qui sont plus heureux que toi]".

Règle de vie n°3 : le caractère acquis

Pour comprendre cette règle il faut d'abord comprendre ce que signifie "caractère acquis". Le "caractère" chez Schopenhauer est  ce qui motive l'action (je simplifie). Comme Kant, Schopenhauer distingue "le caractère empirique" et "le caractère intelligible". Le premier caractérise les actions que nous effectuons parce que nous faisons partie de la nature et que les lois de la nature ne peuvent être transgressées. Par exemple : nous mangeons non pas parce que nous avons la volonté de manger, mais parce que ça nous est absolument nécessaire. A contrario le second (caractère intelligible) concerne les actions que nous faisons non par nécessité mais par volonté. Exemple : je lis un livre de Schopenhauer ; ce n'est pas une obligation de la nature mais une mise en action de ma volonté.
Mais Schopenhauer reproche à Kant d'avoir omis un troisième type de caractère : "le caractère acquis". Il le définit comme suit : " Il nous faut d'abord apprendre par l'expérience ce que nous voulons et ce que nous pouvons [...] une fois que nous l'avons appris, alors nous avons atteint ce que dans le monde on appelle caractère : le caractère acquis [souligné par A.S.]. Celui-ci n'est donc qu'une connaissance aussi parfaite que possible de sa propre individualité".
La règle n°3 pourrait donc se résumer ainsi (interprétation personnelle) : apprends par l'expérience ce que tu veux et ce que tu peux. Ou : ne laisse pas ta volonté errer au grès de tes caprices et ne la rend pas impuissante. Maîtrise la en te connaissant aussi profondément que possible.

Règle de vie n°4 : la revendication à posséder

"La source de nos insatisfactions réside dans nos tentatives sans cesse répétées pour accroître le facteur de nos prétentions alors que l'autre facteur reste inchangé". Cet autre facteur est, me semble-t-il, le fait que nous sommes sensibles à nos prétentions (à nos désirs de possession) mais devenons insensibles à la possession elle-même.

Règle de vie n°5 : la quantité naturelle de la souffrance

Pour cette règle (qui aurait pu être, plus justement intitulée "la quantité naturelle de souffrance et de joie") l
'hypothése de Schopenhauer (c'est lui-même qui parle d'hypothèse) est que "en tout individu la mesure de la souffrance serait déterminée une fois pour toute par la nature, laquelle mesure ne saurait demeurer vide ou trop remplie, si variable soit la forme de la souffrance". Cette dose admissible et naturelle serait ce qu'on appelle "le tempérament" de l'individu. Cette réflexion est complétée par une considération profonde : l'excès dans la joie et la douleur est une réaction spontanée et éphémère car ce qui nous touche dans la souffrance comme dans l'allégresse c'est la perspective qui en découle pour le futur :"C'est uniquement du fait que la souffrance ou la joie empruntaient au futur qu'elles on pu acquérir une intensité au-delà de la norme [NDR : de ce qu'autorise notre tempérament], et par suite nullement de manière durable."

Règle de vie n°6

"Faire de bon coeur ce qu'on peut et souffrir de bon coeur ce qu'on doit".

Règle de vie n°7

"Méditer mûrement une chose avant de la mettre en oeuvre ; mais une fois ceci fait et alors qu'on en attend l'issue, ne pas s'inquiéter en ne cessant d'en peser les risques possibles".
Règle sage, mais bien difficile à mettre en oeuvre : l'attente du résultat d'une action est plus souvent source d'angoisse que de sérénité. Schopenhaure le reconnaît car il admet que toutes choses, y compris les actions que nous avons mûrement méditées "sont soumises au hasard et à l'erreur".
Règle de vie n°8 

"Limiter le cercle de ses relations : on offre ainsi moins de prise au malheur".
Règle, à mon avis, discutable. Le risque de misanthropie est grand ! Peut-être l'auteur a-t-il pensé à la limitation du cercle des relations "intimes", celles dont la disparition ou la déception qu'elles peuvent créer, sont sont sources de souffrance et peut-être aurait-t-il fallu qu'il explique ici ce qu'il appelle "relation". Chacun sait que l'on a toujours beaucoup de connaissances et peu d'amis. Ces considérations sont également développées plus loin (règle n°12).

Règle de vie n°9

Elle est illustrée par une citation d'Aristote très explicite : "Le sage n'aspire pas au plaisir, mais à l'absence de souffrance".

 Règle de vie n°10

Règle illustrée par une citation de Sénèque : "Soumets toi à la raison si tu veux te soumettre tout".
Cette réflexion se comprend aisément si on se réfère au texte intégral de Sénèque, non cité par Schopenhauer (Lettres à Lucilius, 37,4) :
"Livre-toi [à la philosophie], si tu veux avoir la vie sauve, la sécurité, le bonheur, et, pour tout dire, le premier des biens, la liberté : tu n'arriveras là que par elle. La vie sans elle est ignoble, abjecte, sordide, servile, soumise à une foule de passions et de passions impitoyables. Ces insupportables tyrans qui l'oppriment parfois tour à tour, parfois tous ensemble, la sagesse t'en affranchit, car elle seule est la liberté. Veux-tu te soumettre toutes choses, soumets-toi à la raison [...] Il est honteux d'être emporté au lieu de se conduire, et tout à coup, au milieu du tourbillon, de se demander avec stupeur : « Comment suis-je venu ici? »."

 Règle de vie n°11

"Une fois qu'un malheur est là et qu'il n'y a plus rien à faire , ne pas se permettre [...] de penser que les choses pourraient être autrement".

Dans son ouvrage "Le monde comme volonté et représentation", Schopenhauer cite à ce sujet l'exemple des éléphants capturés 'livre IV, §55) :"Nous ressemblons aux éléphants emprisonnés, qui, durant de longs jours se démènent et luttent avec rage, jusqu'à ce qu'ils voient que c'est peine perdue, et qui d'un coup se soumettent alors tranquillement au joug, domptés pour toujours."


 Règle de vie n°12 : sur la confiance

Elle complète la règle n°8 et est également illustrée par une citation de Sénèque : "Il faut parler très peu avec autrui, très souvent avec soi-même".

Règle de vie n°13


La "bonne humeur" est un bien précieux car elle peut surgir indépendemment de tout ce qui nous caractérise : le pauvre comme le riche peut être, ou ne pas être, de bonne humeur ; le savant comme le sot ; l'homme célèbre comme l'anonyme. En fait, on n'est pas de bonne humeur parce qu'on est ceci ou cela mais simplement ... parce qu'on est de bonne humeur. Pour Schopenhauer la "bonne humeur" est une certaine disposition d'esprit positive et constructive qu'il faut sauvegarder autant que faire se peut, sans se demander si on peut la rendre permanente. La condition principale pour cela est de conserver " le niveau élevé de santé parfaite qui est la fleur de la bonne humeur". Et à ce sujet il précise qu'il faut : " [...] qu'on évite tous les excès ainsi que tous les mouvements d'humeur violents et désagréables, également tous les efforts intellectuels intenses et prolongés, enfin tous les jours au moins deux heures d'exercice rapide à l'air libre".

Règle de vie n°14

La sagesse vécue (i.e. celle que l'on met en pratique et que l'on ne se contente pas de méditer) est principalement basée sur la juste proportion que nous avons de notre vision du présent et du futur. Si l'on vit trop dans le futur on court vers lui incessamment comme si c'était lui qui devait nous apporter le bonheur et l'on ne jouit pas du présent. Il est vrai que le présent peut être gravement troublé, mais il ne peut l'être que par deux types ce causes : des causes imprévisibles, donc seulement possibles ou probables ; et des causes dont l'occurrence est totalement imprévisible (la mort). Donc : "Pour ne pas perdre la tranquillité toute notre vie avec des maux incertains ou indéterminés, nous devons nous habituer à considérer les premiers comme s'ils n'arrivaient jamais, et les seconds comme s'ils n'arrivaient certainement pas maintenant".

Règle de vie n°15

Il faut rester serein en dépit de tous les accidents de la vie car le malheur qui nous arrive n'est qu'une toute petite part de ce qui pourrait nous arriver, tant les malheurs possibles sont terribles nombreux et divers.

Règle de vie n°16

"Nous venons dans le monde remplis d'exigences de bonheur et de plaisir et nous,gardons l'espérance folle de les garder jusqu'à ce que le destin se rappelle brutalement à nous et nous montre que rien [souligné par A.S.] n'est nôtre mais que tout est sien".
Cette première partie de la règle 16 est en quelque sorte un développement de la règle n°1. Qu'est-ce que le "destin" pour Schopenhauer ? Ce n'est pas quelque chose qui est préalablement écrit on ne sait où, c'est plutôt l'imprévisible, l'ensemble des aléas. Dire que tout appartient au "destin" revient à dire que quoi que l'on veuille, toute autre chose peut arriver.
La seconde partie de la règle n°16 développe une phrase d'Aristote ( Éthique à Nicomaque, VII, 11, 1152b 15) : "Le sage n'aspire pas au plaisir, mais à l'absence se souffrance", que Schopenhauer développe ainsi :"Nous voyons que le mieux que l'on puisse trouver au monde est un présent sans souffrance, qu'on puisse supporter paisiblement".

Règle de vie n°17

Selon une note dans l'édition du Seuil (2011), cette règle aurait été rayée ultérieurement. Peut-être parce qu'elle reprend partiellement les règles n°1 et n°16 ? Elle précise pourtant deux concepts philosophiquement intéressants.
Le premier est que "joie" et "plaisir" appartiennent à un genre négatif alors que "souffrance" est d'un genre positif. Jugement que j'interprète comme suit : joie et plaisir sont une absence (mode négatif) de souffrance, alors que la souffrance est effectivement ressentie (mode positif). D'où le dilemme " Doit-on éviter de cueillir une rose parce que l'épine peut nous piquer ?".
Le second est la distinction entre "la face subjective, intérieure" de l'homme et sa "face objective, intérieure". La première (la face subjective) est la mesure que nous devons subir de plaisirs et de souffrances. L'action du destin rend cette face totalement passive. Par contre la face objective est la part active de notre vie, la manière dont nous exécutons notre vie.
"Là résident la vertu, l'héroïsme,les réalisations de l'esprit" : c'est la part active. Et là, la différence entre tel homme et tel autre est infiniment plus grande que sur l'autre face, où un peu plus ou un peu moins de de souffrance constitue la seule différence".

Règle de vie n°18

"Il faut brider son imagination en toutes choses concernant notre bien-être et notre douleur, notre espoir et nos craintes." Texte complété plus loin par ce beau développement qui éclaire parfaitement cette règle n°18 : "L'imagination n'a pas le droit de s'approcher des concepts. Car elle est incapable de juger. Elle nous présente une image, et celle-ci meut l'âme de façon inutile et souvent très pénible". Cette idée sera reprise dans la règle n°31.

Règle de vie n°19

"À propos d'un évènement quel qu'il soit, éviter de laisser monter une grande allégresse aussi peu qu'un grand chagrin".
En effet, toute chose peut se modifier du tout au tout, et l'on se trompe parfois sur le caractère heureux ou malheureux d'un événement. Il faut donc uniquement profiter du temps présent qui est la seule chose certaine. Cependant ce présent se mue instantanément en passé et devient aussi indifférent que s'il n'avait pas été.
D'où cette conclusion pessimiste de Schopenhauer : "Où reste-t-il alors un espace pour notre bonheur ?"

Règle de vie n°20


"Il est inutile, il est dangereux, il est imprudent, il est risible, il est vulgaire de laisser entrevoir sa colère ou sa haine par des paroles ou des mimiques. On n'a jamais le droit de manifester sa colère ou sa haine autrement que dans des actes".


Règle de vie n°21

L'éditeur signale que cette note a été rayée après coup.
Les événements de la vie nous arrivent d'une manière fragmentaire. Il faut donc juger, décider, penser d'une manière également fragmentaire, en réfléchissant à toute chose en son temps. "Il faudrait, pour ainsi dire, avoir des portes coulissantes de nos pensées : tandis que nous en ouvrons une, nous fermons toutes les autres." Schopenhauer introduit dans cette règle la notion d'autocontrainte. La vie est tellement remplie de contraintes fortes et variées que nous devons nous en imposer des plus minimes : une petite autocontrainte bien gérée peut prévenir beaucoup de contraintes ultérieures plus astreignantes venues de l'extérieur.
Cette règle me semble assez obscure. Le plus clair est que, en ne laissant ouverte que la porte adéquate, nous éviterons qu'un grave souci nous empêche de jouir d'un tout petit plaisir actuel.

Règle de vie n°22

La règle n°22 est un complément des règle n°16 et 17.
"Vivre heureux peut seulement signifier ceci : vivre le moins malheureux possible ou, en bref, : vivre de manière supportable [souligné par A.S.]"


Règle de vie n°23

Les objectifs que nous nous fixons dans la vie subissent de la part du destin des "modifications si importantes que c'est à peine [s'ils] demeurent reconnaissables à quelques traits essentiels lors de leur réalisation."
Schopenhauer cite également Térence :"Dans la vie humaine, il en va comme du jeu de dés : si le dé ne tombe pas comme cela t'arrange, il faut que l'art améliore ce que le hasard a proposé". Dans cette citation le mot "art" doit, me semble-t-il, être compris au sens d'initiative, de savoir-faire basé sur l'expérience.

Règle de vie n°24 - Sur la vieillesse

Pendant la première partie de notre vie, on est bercé par des illusions multiples et on cherche le plaisir et le bonheur. Quand vient la vieillesse nous sommes guéris de ces excitations et nous ne cherchons "que la tranquillité et, autant que faire se peut, l'absence de souffrance".
Il n'est donc pas impossible que l'état du vieillard soit meilleur que celui du jeune homme ou de l'homme mûr car il recherche quelque chose qu'il peut raisonnablement atteindre.

Règle de vie n°25

La règle 25 m'apparaît fort salutaire d'un point de vue pratique. Au lieu de se dire, considérant quelque chose que nous ne possédons pas " Et si cela m'appartenait ?", mieux vaut se dire, considérant ce que l'on a : "Et si je perdais cela ?".
"Nous devons [considérer] ce que nous possédons avec le regard précisément que nous aurions si cela nous était arraché ; qu'il s'agisse de biens, de la santé, des amis, des êtres aimés, de sa femme et de son enfant, la plupart du temps nous ne sentons la valeur qu'après la perte".
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Règle de vie n°26

Il faut savoir renoncer et supporter car "l'homme n'est capable d'atteindre qu'une part infiniment petite de ce qui vaut d'être désiré".

Règle de vie n°27

"Contempler ceux qui vont plus mal que nous plus souvent que ceux qui semblent aller mieux"
En effet, lorsqu'on est accablé par un malheur, la seule consolation (discutable à mon avis) est de se dire qu'on aurait pu être accablé par un mal encore plus grand.

Règle de vie n°28 - À propos de la vieillesse

Beaucoup de joies et de plaisirs sont refusés à la vieillesse mais il ne faut pas s'en apitoyer. En effet c'est l'extinction de certains besoins qui crée l'absence (ou plus précisément l'inopportunité) de certains plaisirs (il est clair que Schopenhauer pense, entre autres, aux plaisirs sexuels).
"Qu'avec la suppression du besoin le plaisir s'estompe, cela mérite aussi peu de regrets que l'impossibilité de continuer à manger après un repas ou de dormir après une nuit de sommeil".

Règle de vie n°29

Il s'agit, sans autres commentaires d'une citation célèbre d'Épicure :
"Parmi les besoins, certains sont naturels et nécessaires, d'autres sont naturels et non nécessaires, d'autres ne sont ni naturels ni nécessaires".
On peut considérer cette règle comme une extension de la règle précédente, bien qu''elle ne s'applique pas, chez Épicure, spécifiquement à la vieillesse.

Règle de vie n°30

On trouve dans cette règle un écho de la règle n°17 qui introduit la notion de "face objective de l'homme", celle qui le pousse à l'action : une activité (ou simplement apprendre) est nécessaire au bonheuret, simultanément, l'homme veut constater le succès de ses activités.
"Faire des efforts et résister en combattant, voilà le besoin le plus essentiel de la nature humaine".
Résister signifie ici : surmonter des obstacles qui peuvent être de toute nature : matériels ou spirituels. Pour l'homme : "Lutter pour [éliminer ces obstacles] et les vaincre est le plaisir le plus souverain  de son existence, elle ne connaît rien de meilleur".
L'originalité de cette règle est qu'il ne s'agit pas ici d'obstacles naturels ou de ceux qu'un destin capricieux place sur notre route. Il s'agit d'obstacles que l'on choisit, volontairement ou que le nature nous offre à notre insu. 


Règle de vie n°31

"Comme étoile pour guider ses aspirations, on doit prendre non des images nées de l'imagination, mais des concepts [souligné par A.S.]".
Pendant une partie de notre vie (la jeunesse) nous sommes guidés par des images nées de notre imagination qui nous dépeignent des désirs ou des aspirations qui, sitôt atteints, nous déçoivent. Mais ce sont des démons qui, comme dit l'auteur, nous "taquinent". Le concept a un rapport médiat à la réalité (il n'est pas intuitivement perçu). Il demande donc des efforts d'abstraction de réflexion, mais "il tient parole".

Règle de vie n°32

Cette règle complète la règle n°13 concernant la bonne humeur et la santé.
Elle insiste sur le fait que la santé est le plus précieux des biens et que, en conséquence : 
"C'est la pire de toutes les folies que de sacrifier sa santé pour quelque cause que ce soit [...] Au contraire, tout et le reste doivent lui être subordonnées".

Règle de vie n°33

Une citation un peu longue est nécessaire pour comprendre de quoi il s'agit :
"Il faut devenir maître de l'impression qu'offre ce qui est objet de l'intuition sensible et actuel [NDR : "actuel" est à comprendre comme "en acte"] dont la puissance est disproportionnée par rapport à ce qui n'est que pensé et su ; ce qui est évident et actuel est puissant non du fait de sa manière ou de son contenu -souvent très insignifiants-, mais en raison de sa forme-son accès l'intuition sensible, son immédiateté, grâce auxquelles cela s'impose à l'esprit et trouble son repos, ou même fait vaciller ses présupposés".
Non seulement (règle n°31) Schopenhauer fait fi des images nées de l'imagination, mais il conseille aussi de se détourner de l'intuition sensible qui "fausse en permanence le système de nos pensées" en donnant au présent (hic et nunc) une importance démesurée.

Règle de vie n°34 :

On ne doit pas se reprocher exagérément les conséquences négatives, voire néfastes des décisions que nous avons prises dans le passé. Nous ne possédons qu'un horizon très limité sur tout ce qui peut advenir. Schopenhauer a cette belle image très explicative : " [...] quand notre but est trop lointain, il nous est impossible de mettre le cap dessus directement, mais uniquement selon des approximations et des conjectures [...] Par conséquent, les circonstances qui s'offrent à nous et à nos objectifs de base doivent être comparés à deux force tirant en sens différents [NDR : la succession des événements et la série de nos décisions"] et la diagonale qui en résulte est le cours de notre vie".
Réflexion que j'illustre comme suit :

Règle de vie n°35 : 

Ne pas oublier que lorsqu'on planifie sa vie, on oublie facilement (et peut-être même nécessairement) les changements que le temps opère sur nous-mêmes.
"[...] nous poursuivons des choses qui, lorsque nous finissons par les obtenir , ne correspondent plus à ce que nous sommes".

Règle de vie n°36 :

Savoir limiter au strict minimum nos espérances de bonheur.
"Établir ses prétentions à un niveau aussi bas que possible en rapport avec ses moyens en tout genre : c'est le moyen le plus sûr d'échapper à un grand malheur".

Règle de vie n°37 :


Celui qui fait de la raison la ligne directrice de son action devra bien souvent s'empêcher d'agir. Schopenhaueur dit plus précisément :"devra appliquer très souvent le sustine et abstine". Car : "Cela vient de ce que la raison embrasse, par le biais de ses concepts, le tout [souligné par A.S.] de l'existence".
Ce qui signifie que ce qui vient de l'intuition ne représente, a contrario, qu'un pan de l'existence.

Règle de vie n°38 :

Il est nécessaire de tenir compte de la pluralité des mondes individuels, c'est-à-dire du fait que chacun vit dans son propre monde. Ce qui nous appartient en propre et que nous ne partageons pas, c'est notre conscience.
"[...] ce que nous avons et ce que nous représentons constituent des considérations subordonnées par rapport à ce que nous sommes [textes en italique soulignés par A.S.]".

Règle de vie n°39

Texte difficile qui demande une lecture attentive.
L'idée première est que l'on doit considérer chaque événement comme nécessaire, le mot "nécessaire" devant ici être compris comme "qui ne peut pas ne pas être", ce qui, dit Schopenhauer : " constitue "un fatalisme à  bien des égards rassurants et qui, dans son principe est juste". Mais il ajoute cette considération qui peut sembler étonnante : ce qui est vraiment possible est ce qui est devenu [ NDR : ou deviendra] réel. Idée étonnante car on peut, semble-t-il imaginer des possibilités qui n'adviendront pas. Or, poursuit l'auteur si elle n'adviennent pas ce n'est pas parce qu'elles ne peuvent pas être (sinon elles ne seraient pas des possibilités) mais parce que l'infinité du nombre des possibilités implique un temps infini pour qu'elles adviennent et qu'il nous est donc impossible de les embrasser toutes.
J'éclaire ce point par un exemple de mon cru : une personne qui joue à la roulette peut toujours espérer que la bille tombe 10 fois de suite sur le chiffre 23 (ou tout autre). Il peut l'espérer car rien n'empêche cette possibilité. Or il est vraisemblable que pendant toute sa vie de joueur il ne verra pas cet événement possible. Pourtant s'il disposait d'un temps de jeu infini l'événement adviendrait à un moment ou à un autre (puisqu'il est possible).
En fait dit Schopenhauer : "La réalité est la conclusion d'un syllogisme dont la possibilité est la prémisse".
Or, poursuit Schopenhauer cette considération a été totalement négligée, en particulier par Kant qui énonce deux affirmations qui sont contradictoires (Critique de le raison pure).
D'une part : "Est-accidentel ce dont le non-être est possible". D'autre part : "Tout ce qui est accidentel a une cause". Mais si l'accidentel a une cause, alors il ne peut pas ne pas être (en vertu du principe de causalité qui veut que toute cause produise un effet). Aristote lui aussi avait déjà donné la même définition de l'accidentel. En fait ces philosophes ont introduit la notion de "absolument nécessaire" pour définir ce qui ne peut pas ne pas être. Schopenhaueur juge qu'il s'agit d'une fiction car, certes, tout événement "nécessaire" doit avoir une cause (un fondement), mais si on ajoute que certains événements sont absolument nécessaires, alors ils n'ont pas de fondement, ou un fondement qui ne repose sur rien.
L'erreur dit Schopenhauer est que (comme souvent dit-il) Aristote "reste fixé sur des concepts abstraits sans retourner à ce qui est concret et objet d'intuition, où pourtant réside la source des concepts abstraits et à travers quoi ils doivent toujours être contrôlés". Or, si on regarde le réel de l'intuition sensible, on ne trouve rien qui puisse ne pas être, si ce n'est la séquence syllogistique évoquée plus haut dont la prémisse (la possibilité) doit être concrètement envisagée comme relative et conditionnée (elle a elle-même un fondement propre dans le réel).
En conséquence, tous les jugements apodictiques (i.e. universels et absolument vrais) sont en fait hypothétiques (i.e. sont des hypothèses). Ils ne deviennent catégoriques (i.e. ils ne souffrent pas d'objection ; référence à Kant) qu'avec l'adjonction d'une mineure (deuxième proposition d'un syllogisme en 3 parties) assertotique (i.e. qui est vraie en fait et non par nécessité).
Ce beau développement de Schopenhauer mérite d'être cité in extenso et devrait être connu par coeur par tous les étudiants car, à mon avis, on y trouve une solution à beaucoup de problèmes philosophique touchant à la question des jugements (les mots en italique sont soulignés par l'auteur) :
"[...] tous les concepts apodictiques sont originellement et dans leur signification ultime hypothétiques. Ils ne deviennent catégoriques qu'avec l'adjonction d'une mineure assertotique, donc dans le syllogisme. Si cette mineure est encore indécidable et si ce caractère indécidable est exprimé, cela donne le jugement problématique."
Où veut en venir Schopenhauer  ? À ceci : "De sorte que tous événements qui se déroulent dans le monde, les petits comme les grands, constituent un enchaînement rigoureux de ce qui arrive nécessairement" (retour à la fatalité initiale) et que " [...] tout ce qui est réel est simultanément quelque chose de nécessaire, et dans la réalité il n'y a pas de différence entre réalité et nécessité. De même qu'il n'y en a pas entre réalité et possibilité [...]".
Il est pourtant avéré que nous faisons continuellement, dans notre vie, la distinction entre le réel, le possible, l'accidentel et le nécessaire . Pourquoi ?
Parce que nous raisonnons à partir d'une prémisse universelle in abstracto mais qu'une mineure singulière est absolument indispensable pour que l'événement concret, réel qu'on en conclut soit possible donc nécessaire. Schopenhauer donne un exemple de syllogisme pour éclairer ce point mais je ne le reproduis pas ici car, pour des problèmes de traduction, il me semble pouvoir être mal interprété. J'en fournis un de mon cru :
Majeure : tous les arbres dits "fruitiers" produisent des fruits" (majeure universelle)
Mineure : or mon abricotier pousse dans une terre aride (mineure singulière)
Conclusion : donc mon abricotier ne donne pas de fruits.
Le fait que mon abricotier ne donne pas de fruits n'est pas accidentel. C'est la conséquence nécessaire d'une cause qui lui est propre.
Plus généralement, dit Schopenhauer : 
"[...]l'accidentel n'est qu'un phénomène purement subjectif, qui naît de la limitation de notre entendement [NDR : à cause de l'impossibilité dans laquelle nous sommes de connaître la chaîne infinie des causes], et tout aussi subjectif que l'horizon optique où le ciel frôle la terre".

Règle de vie n° 40 :

C'est en quelque sorte un principe de précaution.
Nous devons "[...] faire de toutes les possibilités désagréables l'objet de nos spéculations, ce qui nous amènerait soit des mesures préventives pour les éviter, soit d'agréables surprises si ces possibilités ne se réalisent pas".


Règle de vie n°41

Bref retour sur la notion de fatalité.
"Quand quelque chose de désagréable se produit, ne pas se permettre non plus la pensée qu'il pouvait en être autrement."

Règle de vie n°42

C'est une folie de vouloir prendre des dispositions à long terme pour la vie. Lorsqu'on est jeune la vie semble sans fin. Or, la vie est toujours trop courte pour les réalisations que l'on projette. Ou, quand elles sont réalisées, nous même et le monde extérieur avons changé et nous n'en tirons pas de fruits. Schopenhauer cite les vers d'Horace :
"Pourquoi te fatiguer l'esprit
trop faible pour des projets éternels ?".

Règle de vie n°43

"  [...] l'intérieur, la conscience, et son état constituent seuls le Moi, et en lui seul résident notre bien-être et notre douleur".
Il en résulte qu'un homme doté d'un bien-être suffisant et qui n'a plus aucun besoin ni désir des choses extérieures, est le plus heureux des hommes car il peut jouir de sa richesse intérieure.

Règle de vie n°44

Pour l'eudémonologie (i.e. l'art, ou la science, d'être heureux) Schopenhauer a déjà indiqué que le principal n'est pas ce que l'on a ou ce que l'on représente, mais ce que l'on est. En quelque sorte, dit-il, on ne "jouit, à proprement parler que de soi-même".
Mais deux écueils sont placés sur la route du bonheur, cette route fût-elle celle de Soi : la douleur et l'ennui. Pour éviter ces deux écueils, la nature nous a doté de deux antidotes : contre la douleur (qui est plus souvent spirituelle que corporelle), la bonne humeur (la gaieté) ; contre l'ennui les ressources de l'esprit. Malheureusement, dans la plupart des cas, ces deux remèdes ne peuvent pleinement coexister : "le génie est souvent apparenté à la mélancolie" et, a contrario, l'homme très gai est souvent spirituellement superficiel.
Il en résulte qu'il est extrêmement rare qu'un homme soit pleinement doté à la fois de gaieté et de ressources spirituelles. Ce que l'on peut, au mieux, espérer est que le destin apporte plus de douleur que d'ennui à l'homme naturellement gai (car il saura l'affronter efficacement) et inversement plus d'ennui que de douleur à celui qui sait combler son ennui par l'activité intellectuelle.

Règle de vie n° 45

Schopenhauer traite ici de ce que Platon a appelé duskolia et eukolia et des différences qui en résultent pour amener un homme à se suicider.
Imaginons un homme qui, dans une situation donnée, peut espérer ou redouter une issue qui soit favorable ou défavorable.
L'homme duskols ne se réjouit pas si l'issue lui est favorable mais s'irrite si elle lui est défavorable.
L'homme eukolos a une réaction contraire.
La duskolia peut devenir une sensibilité extrême à tout ce qui est désagréable et conduire un homme au suicide. Dans un tel cas, qui relève d'une thérapie, le motif du passage à l'acte peut fort bien être futile ou étranger à toutes préoccupations matérielles (cf. à ce sujet l'excellent film de Tommy Lee Jones "The Sunset Limited", 2012).
Il y a deux typas de suicides dit Schopenhauer : "celui du malade, dû à la duskolia et celui de l'homme sain, dû au malheur". Mais in fine l'issue est la même : l'intolérance à la souffrance est devenu tel que le penchant naturel qui nous pousse naturellement à vivre est vaincu.
Schopenhauer pense qu'il existe un "caractère héréditaire de la disposition au suicide [...]qui démontre que la part subjective de la détermination est probablement la plus forte".

Règle de vie n° 46

Elle se contente de rappeler, sans autres commentaires, que pour Aristote la vie philosophique est la plus heureuse (Éthique à Nicomaque X, 7-9).

Règle de vie n° 47

"À ce qu'on a appartiennent de manière privilégiée des amis [souligné par A.S.]. Mais cette possession a la propriété suivante : celui qui possède doit être dans une mesure équivalente la possession de l'autre". C'est-à-dire : celui qui possède l'amitié de l'autre doit être possédé de la même manière par l'autre.
Schopenhauer rappelle que, concernant l'amitié, il faut se référer à Aristote : Éthique à Nicomaque X, 8-10 et Éthique à Eudème VII.

Règle de vie n° 48

C'est encore à Aristote qu'il renvoie sur la béatitude en général, sujet sur lequel "Aristote est beau et vaut d'être lu". Il cite l'Éthique à Eudème VII, 2, 1238a 12 : "Le bonheur appartient à ceux qui se suffisent à eux-mêmes". Mais il cite également l'élégante maxime de Chamfort (in Caractères et Anecdotes) : "Le bonheur n'est pas chose aisée : il est très difficile de le trouver en nous, et impossible de le trouver ailleurs" [en français dans le texte].

Règle de vie n° 49

"La définition d'une existence heureuse serait : une existence qui serait, considéré de manière objective -ou [...]après froide et mûre réflexion -, résolument préférable au non être."
Mais Schopenhauer précise que, du point de vue de sa propre philosophie, la vie humaine ne peut pas correspondre au concept d'une telle existence.

Règle de vie n° 50

Toute réalité est composée de deux parties : l'objet et le sujet. ceci signifie que face à un événement ou à une prise de décision il faut composer avec la réalité objective (ce qui arrive) et la façon dont nous le ressentons ( ce que nous sommes en tant que personnalité).
Or, nous n'avons pas de prise sur la moitié objective ; elle dépend de ce que Schopenhauer appelle le destin et peut être éminemment changeante ou provisoire. Par contre, ce que nous sommes est à peu près immuable et c'est ce avec quoi il faut composer.
"À partir de là, on voit clairement à quel point notre bonheur dépend de ce que nous sommes, de notre individualité, alors qu'en général on ne prend en compte que notre destin et ce que nous avons." [les expressions en italique sont soulignées par A.S.].

Conclusion


L'ouvrage "L'art d'être heureux" aurait pu tout aussi bien s'intituler "l'Art d'être le moins malheureux possible". Il n'y a pas de théorie du bonheur chez Schopenhauer. Le bonheur n'y est jamais considéré en tant que tel, mais comme un succédané, souvent provisoire et précaire, à la souffrance. 
À défaut de bonheur la seule tranquillité à laquelle aspire l'auteur est celle d'un vieillard convenablement doté de biens matériels, ayant la meilleure santé possible, n'ayant plus aucun désir et trompant son ennui grâce à son activité intellectuelle. La jeunesse et l'âge mur n'ont été qu'une poursuite vaine de plaisirs fugaces et insatiables.
La règle n°49 fixe précisément l'enjeu : l'existence ne saurait avoir de valeur que si l'on a précisément répondu par l'affirmative à la question de savoir si l'être est préférable au non-être. Or toute le philosophie de Schopenhauer le pousse à penser qu'une telle existence n'est pas compatible avec la vie humaine. Pourquoi Schopenhauer ne s'est-il pas suicidé ? La réponse nous est donnée dans son ouvrage majeur Le Monde comme volonté et comme représentation :

" Le suicide est une marque d'affirmation intense de la Volonté. Car la négation de la Volonté consiste non pas en ce qu'on a horreur des maux de la vie, mais en ce qu'on en déteste les jouissances. Celui qui se donne la mort voudrait vivre ; il n'est mécontent que des conditions dans lesquelles la vie lui est échue. Par suite, en détruisant son corps, ce n'est pas au vouloir-vivre, c'est simplement à la vie qu'il renonce. Il voudrait la vie, il voudrait que sa volonté existât et s'affirmât sans obstacle ; mais les conjonctures présentes ne le lui permettent point et il en ressent une grande douleur. [...]  Il est certain que, si jamais un homme s'est abstenu du suicide par des raisons purement morales, quel que soit le prétexte que lui indiquât sa raison, le sens profond de cette victoire sur lui-même était celui-ci: "Je ne veux point me soustraire à la douleur; je veux que la douleur puisse supprimer le vouloir-vivre dont le phénomène est chose si déplorable, qu'elle fortifie en moi la connaissance, qui commence à poindre, de la nature vraie du monde, afin que cette connaissance devienne le calmant suprême de ma volonté, la source de mon éternelle délivrance."

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